Si t'as pas de raison de vivre, trouve une raison de crever.
Félicitations. 
En ce moment sur De quoi ?
14 mai 2008
De Game Over
2 mai 2008
De l'analyse (3)
L’utilisation de la musique :
Que serait Apocalypse Now sans sa célèbre scène de l’attaque par des hélicoptères du village vietnamien sous la déferlante implacable qu’est la Chevauchée des Walkyries de Wagner. Une nouvelles fois dans le but de démontrer la perte d’esprit des soldats, dans ce cas du Lieutenant Kilgore, Coppola utilise la musique là où on ne l’attend pas. Ou du moins, là où ne l’attendait pas à l’époque. En effet, depuis, il est devenu courant d’utiliser une symphonie épique pour caractériser la montée au front d’un détachement. Ce passage est donc devenu mythique tant la musique donne un cachet particulier à cette séquence.
Cette scène n’est pas sans rappeler les westerns des années 30/40. D’ailleurs, le bataillon est mobilisé au son du clairon et se superpose peu à peu à l’image qu’on se fait d’une cavalerie. Pour le spectateur et bien évidemment le soldat, élevé par ces aventures au beau milieu des grands espaces, l’ennemi vietnamien n’est qu’un indien de plus. C’est ce sentiment qui se traduit par l’épique de la séquence, instauré par la musique. La folie est ainsi bel et bien là, tous se jetant tel des héros pour affronter ce que, pareil au spectateur semble-t-il, ils ont appris à détester depuis toujours.
Toujours dans le domaine de la folie, l’utilisation de la chanson des Doors : The End reste néanmoins la plus marquante. Cette dernière est présente lors de la scène d’introduction et de la fin du film. Long poème traitant du complexe d’œdipe (Mythe antique dans lequel un fils tue son père et épouse sa mère. Principal complexe de l’homme selon la psychanalyse), son texte colle avec intensité à ce que l’on voit à l’image.
Tout d’abord lors de la scène d’introduction, tandis que nous voyons se faire bombarder une forêt surgissent les mots « this is the end » (ceci est la fin). Plutôt paradoxal pour commencer un film, le texte révèle en fait, dès les premières images, la vision du réalisateur : cette guerre emmène quiconque y participe aux tréfonds de la folie humaine, un point de non-retour pour l’être humain. A travers ce bombardement, allié à cette chanson, Coppola tente de transmettre l’idée que c’est la fin de l’humain tel qu’on l’a connu. Ici tout n’est que brutalité, rage, violence et folie.
Se superposant presque immédiatement, les yeux de Martin Sheen au son de « I’ll never look into your eyes » (je ne verrais plus jamais tes yeux) montre que la séquence a été montée en parallèle de la bande-son dans un but précis et qu’elle ne sert pas juste à accompagner les images en couvrant un fond sonore. C’est de notre personnage dont il s’agit dans la chanson.
Le complexe œdipien prend alors toute son importance lors de la scène finale : tandis qu’à l’écran, nous assistons à la mort de Marlon Brando, abattu par Martin Sheen ; le tout couplé par une association d’image à un rituel autochtone où une vache se fait brutalement tuée vivante ; la musique nous confirme la position de l'acteur développée tout au long de la remontée du fleuve. En s’identifiant au colonel Kurtz, Willard l’a remplacé peu à peu par ce qui pourrait ressembler à la figure du père, qu’il s’empresse d’abattre tandis que Jim Morrison martèle « father, I want to kill you ! » (Père, je veux te tuer). Le tempo s’augmente alors brusquement suivi dans cela par le montage alors que nous ne voyons pas ce que Willard réserve au colonel, mais plutôt la mort de la bête sous les coups des chamans, le tout sous un déluge sonore montant crescendo à l’instar de la tension palpable tout au long de la séquence.
Calme et hypnotisante au début du film, rythmée et agressive sur sa fin, The End colle aux sentiments de Martin Sheen : déboussolé, dans un état lamentable de détresse dans sa chambre d’hôtel puis transformé par ce voyage initiatique qui l’a conduit à la découverte de lui-même et qui l’a fait commettre ce que jamais il n’aurait pensé.
Coppola signe donc Apocalypse Now un film éminemment critique, notamment en insistant sur l’aspect démentiel de la guerre ; tout en réalisant une œuvre complexe, visuellement travaillée, au traitement particulier, surtout dans le domaine de la musique.
2 mai 2008
De l'analyse (2)
La guerre : une folie humaine :
Tout au long du trajet, l’équipage du bateau de Willard traverse des territoires hostiles où les habitants ont perdu la raison. Coppola montre ainsi la relation entre le conflit et la folie humaine.
Tout commence dans la chambre d’hôtel de Saigon du capitaine. Celui-ci, de retour du front, délire et en vient à se blesser lui-même. Dès les premières images du film, Coppola donne ainsi le ton. La musique est là pour introduire cette folie, mais visuellement le spectateur est touché également. On sent une touche de psychédélisme dans le traitement des errements du capitaine. Celui-ci, complètement abattu, en manque du front, fait des cauchemars, se mutile et attend désespérément qu’on le renvoie. Son souhait est bientôt exaucé : on lui confie cette mission suicide qu’il accepte avec empressement. Coppola montre ici le décalage entre les soldats qui reviennent du front et le reste de la population. Ils ont perdu leur part d’humanité et ne seront plus jamais comme avant.
Au cours de son périple, le capitaine et son équipage font la connaissance du Lieutenant Colonel Kilgore, autre figure essentiel de la déraison. Ce dernier, passionné de surf choisit ses attaques en fonction des spots qu’elles peuvent offrir. Totalement décalé, en constant marge, ce personnage est un nouveau pas franchis dans le domaine de la folie. Il n’a plus aucun sens des priorités ou de la gravité de la situation et ne pense qu’à son sport, quitte à mettre ses hommes en danger de mort. Sa folie est également visible dans la célèbre séquence de l’attaque des hélicoptères, où l’utilisation de la Chevauchée des Walkyries révèle la facette malade du personnage.
Sur le bateau, l’équipage, quant à lui, sombre peu à peu dans la déraison. On s’en aperçoit avec le jeune Lance qui tombe dans le piège de la drogue et qui suite à la prise d’un acide perd complètement la raison. Ce dernier, tel un légume, suit alors sans broncher, en compagnie d’un petit chiot qu’il a recueilli, formant ainsi un duo pour le moins détonnant dans cette jungle.
Tout en s’enfonçant dans la jungle, l’équipage fait des rencontres étranges. Comme celle avec ces playmates perdues au fond des territoires vietnamiens, emmenées pour distraire les soldats et semble-t-il oubliée depuis. Sous une pluie battante, le bateau arrive ainsi près d’un camp militaire désert où l’autorité n’a plus lieu. Les soldats, tous fous, errent entre les tentes, ne répondant pas aux questions du capitaine, ce dernier ayant l’impression de marcher dans un cimetière.
Une des scènes ajoutées dans cette version « redux » est celle dite de la Plantation française. Le bateau, à travers la brume, accoste et se retrouve face à une bande d’irréductibles colons, farouchement attachés à leur terre en dépit de toute logique. S’en suit une scène de repas qui pose enfin toute les conditions pour comprendre cette guerre, une explication toutefois aux relents d’hystérie. Les mots remplacent les balles et les français se déchirent entre eux, oppressés par cette jungle environnante qui les mangent peu à peu. Le capitaine, qui, on pourrait le croire, avait résisté à ce parfum de folie depuis le début du film, est alors initié aux délices de l’opium et commence ainsi à sombrer aux côtés de tout ce monde.
Tout près du but, les hommes de Willard passe enfin par une dernière étape avant de retrouver Kurtz. Ce dernier pont avant la frontière cambodgienne marque alors la frontière vers la folie. Se rendant sur place, le capitaine tombe sur un paysage désolé, où les explosions retentissent sans fin. L’assaut continu des vietnamiens a contribué à rendre totalement fou les quelques hommes qui subsistent. Plus d’officier, les soldats sous l’emprise de la drogue, Willard fait face à un schéma terrifiant ; le tout magnifiquement rendu visuellement par les jeux de lumières et les ombres mouvantes.
Tout au long de la traversée, Willard se plonge dans des documents et étudie ce qui fait qu’un tel homme d’exception comme Kurtz ait décidé de se retirer, quittant femme et enfants, et de vivre une existence recluse au milieu des indigènes. Au début, déterminé à remplir à bien sa mission : éliminer l’homme, Willard devient peu à peu intrigué par sa personne. Cet état d’esprit prend alors toute son ampleur, lorsque le capitaine est capturé et emprisonné. Kurtz vient alors lui dispenser son savoir, lui transmettant ses valeurs. Le spectateur s’en rend tout à fait compte lors de la mort de « Chef », l’un des derniers membres de l’équipage et ami du capitaine. Ce dernier, fou de rage, se laisse alors lui aussi glisser lentement mais sûrement vers la folie. Devenu un familier de Kurtz, Willard est alors libre de ses mouvements, et projette enfin d’assassiner ce qui est devenu son mentor, prenant presque la place du père, ce qui aura un sens avec l’utilisation de la chanson des Doors, The End. Willard assassine alors Kurtz, prenant sa place pour les indigènes, devenant lui aussi une sorte de demi-dieu. La boucle est ainsi bouclée est la guerre a atteint son objectif : la folie a atteint tout le monde.
2 mai 2008
De l'analyse (1)
Le capitaine Willard reçoit la mission secrète d’aller abattre l’ancien colonel Kurtz durant la guerre du Viêt-Nam. Tout en remontant le fleuve vers son objectif, le capitaine et son équipage sombrent alors peu à peu dans la folie au beau milieu d’un environnement hostile pour finir par arriver sur les lieux, d’où tous ne partiront pas indemne.
Apocalypse Now tient une place à part dans l’œuvre de Francis Ford Coppola. Réalisateur déjà reconnu internationalement grâce à des films comme Le Parrain, ce dernier s’investit totalement sur son nouveau projet : l’adaptation du roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, dont l’action serait transposée durant la guerre du Viêt-Nam. Au terme d’une production démentielle (dépassement du budget de près de 13 millions de dollars), et d’un tournage chaotique (un typhon ravage le décor, l'acteur principal Martin Sheen est victime d'une crise cardiaque), Coppola sort totalement épuisé de ce projet : il a perdu 40 kilos, a pratiquement sombré dans la folie et même tenté de mettre fin à ses jours. Le film sort enfin en 1979, après trois ans de préparation et s’impose comme le nouveau chef d’œuvre du cinéaste, raflant de nombreuses récompenses à travers le monde. En 2001, Coppola sort une nouvelle copie du film rehaussé de 49 minutes, baptisée « Redux ».
En quoi Apocalypse Now est il caractéristiques de films sur la guerre du Viêt-Nam tout en conservant une identité propre ?
Une Fresque gigantesque, œuvre complexe et (re)travaillée :
Apocalypse Now est, souvent à l’instar de grands classiques du cinéma, une fresque gigantesque, une œuvre complexe travaillée et retravaillée. Tout d’abord ne serait-ce que concernant son tournage, lieu de toutes les galères, contretemps et autres problèmes. En effet, Coppola sélectionne de prime abord Harvey Keitel pour le rôle de Willard et tourne quelques scènes avec lui. À la vision de ces premières prises, mécontent de l'acteur, il décide finalement de le remplacer par Martin Sheen. Ce dernier, contre toute attente fait un infarctus pendant le tournage, ce qui contribue à accentuer les difficultés concernant ce dernier. Enfin, suite à des conditions météorologiques extrêmement pénibles, le plateau dans la jungle est ravagé par un ouragan. Au final, après 238 jours de tournage et un budget qui était initialement de 17 millions de dollars passé à 30 millions, Apocalypse Now sort enfin dans une version de 153 minutes récompensée au Festival de Cannes par la Palme d’Or et par bien des récompenses à travers le monde. Coppola dira plus tard à propos de ce périple :
« La façon dont nous avons réalisé Apocalypse Now ressemble à ce qu'étaient les Américains au Viêt Nam. Nous étions dans la jungle, nous étions trop nombreux, nous avions trop d'argent, trop de matériel et petit à petit, nous sommes devenus fous ».
Abordant la guerre du Viêt-Nam, le film se fend évidemment d’une critique contre cette guerre qui a traumatisé la population américaine. Mais pas seulement : également véritable chef d’œuvre esthétique au travail sur la lumière de qualité, Apocalypse Now est plus simplement un film sur la folie humaine : voyage initiatique au milieu du conflit, grâce au personnage du capitaine Willard, le film brasse une quantité de personnages tous plus ou moins atteint par une démence inguérissable.
Néanmoins, Coppola ne semble pas satisfait de la version de 1979 et propose au début du nouveau millénaire une version au montage totalement nouveau de son chef d’œuvre : Apocalypse Now Redux (du latin : qui est de retour) est rehaussé de près de 49 minutes, ce qui apporte une narration différente de l’original, notamment par le ralentissement qu’opère la séquence de la plantation française qui contribue à créer une atmosphère d’étouffement. On y voit en effet différentes familles de colons convaincues de leur place à cet endroit, touchés semble-t-il par la folie eux aussi. A propos de ce montage, le réalisateur exprime son intention de donner un nouveau souffle au film, de l’ancrer encore plus dans un cadre historique (la scène de la plantation donne de nombreuses indications sur le contexte) pour mieux toucher le spectateur :
« Mon but avec Apocalypse Now Redux est de présenter une expérience plus riche, plus ample, plus texturée du film, qui comme l'original à l'époque donne aux spectateurs la sensation de ce que fut le Viêt Nam ; l'immédiateté, l'insanité, la griserie, l'horreur, la sensualité et le dilemme moral de la guerre la plus surréaliste et la plus cauchemardesque de l'Amérique ».
31 mars 2008
D'une autre découverte
Après vous avoir fait partager mon goût pour Rancid et Gogol Bordello, voici un nouveau groupe que je voudrais vous faire découvrir : les californiens de Pennywise ! Groupe de Punk Hardcore mélodique à la recette bien huilée depuis bon nombres d'années, le groupe va vous faire, je l'espère, pogoter devant votre écran.
- Fuck Authority :
Pennywise- Fuck Authority
- Bro Hymn Tribute :
Pennywise - Bro Hymn
- Knocked Down :
Pennywise - Knocked Down
- Same Old Story :
Pennywise - Same Old Story
- Et leur reprise, bien connue, de Stand By Me :
Pennywise - stand by me
14 mars 2008
De la rétrospective, première partie
Personnellement, j'adore Manu Chao, pas vous ?
Clandestino - 1998
Quatre années après la séparation de son groupe, la Mano Negra, l’artiste français le plus multiculturel -je veux bien sûr parler de Manu Chao- sort son premier album : Clandestino. Celui-ci s’écoule à plus de trois millions d’exemplaires à la plus grande surprise du principal intéressé qui jugeait l’opus comme personnel et intimiste. On retrouve une nouvelle fois les influences qui ont fait le succès de la main noire, néanmoins, cette fois-ci c’est une orientation plutôt acoustique qui est privilégiée à la différence du Rock pêchu des années en groupe. S’entremêle ainsi sur cette galette sonorités latines, Reggae ou Rock. C’est donc un nouveau voyage auquel nous convie l’artiste.
S’exprimant sur son dernier album en date (La Radiolina), Manu Chao revendiquait avec intensité sa volonté de recycler. Et c’est avec son premier opus qu’il avait commencé à fonctionner de cette manière. On retrouve en effet avec le duo "Bongo Bong"/ "Je Ne T’Aime Plus" les paroles d’un des titres majeurs de sa carrière précédente (le puissant "King Of Bongo " qui était sorti en 1991 sur l’album éponyme) allié à une musique originale. Le tout créant un des meilleurs morceaux de la galette. Ce recyclage se poursuit tout au long du CD avec des gimmicks qui reviennent tels des leitmotivs à travers les différents morceaux de Clandestino. A travers cette galette, le musicien nous transmet une véritable mélancolie qui s’exprime par de très beaux morceaux comme "La Vie A 2", ballade nostalgique ou l’amer "Mentira…". En revanche, ce sentiment ne s’exprime pas qu’à travers de triste et langoureux morceaux, ceux-ci peuvent également être très rythmés, à l’image de "Luna Y Sol" et de ses sonorités latines enjouées. Quant aux textes, ils sont toujours aussi engagés (le sort des clandestins sur le très bon "Clandestino") et Manu Chao entrecoupe un de ses morceaux d’un extrait du discours du sous-commandant Marcos, ce qui révèle une nouvelle fois sa participation dans les causes humanitaires.
On peut donc penser cet album comme un prolongement plutôt calme de son ancien groupe, mais l’artiste nous livre ici une nouvelle facette de ses nombreux talents qui nous ravit ! A l’aube d’une nouvelle carrière, le musicien nous fait ainsi partager un univers qui n’a pas fini d’étonner.
Proxima Estacion : Esperanza - 2001
Après l’impressionnant succès de son premier album, Manu Chao était attendu au tournant avec l’opus suivant, sorti deux ans plus tard. Próxima Estación : Esperanza du nom d’une gare du métro madrilène ressemble beaucoup à son prédécesseur. Le musicien qualifiera lui- même cet album de petite sœur de Clandestino. Les influences sont donc plutôt proches, à la différence que sur ce disque, la mélancolie et la nostalgie palpable sur Clandestino ont laissé place à plus de gaieté et de rythme.
Une fois encore, Manu recycle à plein régime : les musiques se suivent et se ressemblent, les gimmicks fusent … Comme sur le précédent album, c’est le duo qui tire son épingle du jeu : "La Primavera"/"Me Gustas Tu" est un véritable chef d’œuvre ! Aux influences latines, cette piste de par sa simplicité au niveau du chant et musique s’impose d’elle-même dans les esprits. Comment ne pas fredonner à l’infini les phrases « me gustas tu » et « que horas son mi corazon ». Le musicien garde les même envies d’un album à l’autre, que ce soit en groupe ou en solo : à travers sa musique, c’est un voyage qu’il veut proposer à ses auditeurs.
Le train de l’artiste s’arrête cette fois-ci à la station de l’Afrique, et plus particulièrement en Algérie avec la très belle "Denia" où l’on retrouve le chanteur kabyle Idir qui clame sa détresse à propos de son pays. Un peu plus loin, le train repart pour faire halte en Amérique Latine où les rythmes latins illuminent des chansons comme "Eldorado 1997" ou "Mr. Bobby", déclaration d’amour à Bob Marley. Próxima Estación : Esperanza se démarque néanmoins de son prédécesseur, lorsqu’il offre aux auditeurs quelques lignes jazzy avec des pistes comme "Trapped By Love" et "Le Rendez Vous".
Si l’on se penche sur les paroles, on se rend compte que Manu laisse cette fois-ci exprimer ses émotions et met quelque peu de côté son penchant revendicateur. Bien sûr, il n’abandonne pas complètement sa verve, à l’image de "Eldorado 1997", titre dans lequel il dénonce le massacre des paysans sans-terre au Brésil. Toujours est-il qu’il fait à présent la part belle à la poésie et aux textes plutôt insouciants. En témoigne l’amusante "Papito", mais surtout l’émouvante "Mi Vida" par qui il confesse « Ma vie, petite flaque d'eau trouble / Bulle de savon / Mon dernier refuge, ma dernière illusion / Je ne veux pas que tu t'éloignes chaque jour de plus en plus ». C’est une dimension lyrique qui s’ajoute ainsi aux nombreuses casquettes de l’homme.
Manu Chao présente donc sur cet album un contenu plus joyeux qu’auparavant. Certes l’album est moins bon que Clandestino, cependant il reste d’une qualité tout à fait convenable.
Radio Bemba Sound System - 2002
Après deux albums studios aux sonorités plutôt acoustiques, Manu Chao sort en 2002 son premier live. Si celui-ci porte le nom de son groupe (Radio Bemba, tiré du nom par les révolutionnaires cubains au système du bouche à oreille), c’est dans un but particulier. En effet, sur scène, l’artiste révèle sa véritable nature au contact de ses musiciens et laisse s’échapper un vent de folie qui déferle sur son répertoire pour le transfigurer d’une manière tout à fait nouvelle.
Les chansons de Clandestino et Próxima Estación : Esperanza sont ainsi rejouées à toutes les sauces, mais toujours dans une optique festive bien évidemment… Cela peut aller de la Salsa et autres musiques latines ("Rumba de Barcelona" ou "Por Donde Saldra el Sol ? " qui sent bon les rythmes cubain) au Reggae ("Mr. Bobby" et la reprise "Blood and Fire"). Le groupe fait néanmoins la part belle au Ska et à ce qui peut ressembler à du Punk. Citons par exemple l’excellente "Welcome to Tijuana" où le two-tone fait des merveilles. Quant à la rage du Punk, elle n’est pas sans rappeler l’ancien groupe de l’homme : la Mano Negra. Ce n’est donc, sans doute, pas pour rien que ce dernier pille joyeusement son répertoire en nous proposant quelques classiques comme "Mala Vida", "King Kong Five" ou "Machine Gun". Ces chansons n’échappent bien sûr pas à ce qui semble être la règle sur ce Radio Bemba Sound System, elles sont joués différemment : à cent à l’heure ou au contraire d’une manière beaucoup plus détendue. Alors que les pistes se suivent et ne se ressemblent pas, s’intercalent quelques morceaux qui font office d’interlude entre les différents genres. "Pinocchio" et sa musique de foire annoncent ainsi une partie à tendance festive tandis que le diptyque "Radio Bemba"/"Que Paso Que Paso" réveille le public et offre un répertoire musclé à ses oreilles.
Ce live permet également de rendre compte d’une des passions de Manu Chao : le recyclage. Après avoir en avoir usé sur ces précédentes galettes, notamment par la présence d’une même musique sur différentes pistes, c’est l’inverse qui se produit ici. On peut s’en rendre compte avec "Welcome to Tijuana" ou "Bienvenida a Tijuana" qui est jouée en ouverture de manière acoustique et plutôt émouvante tandis que quelques pistes plus tard, on retrouve la même chanson en beaucoup plus rythmée pour le plus grand plaisir des auditeurs. Même chose pour "Clandestino" que l’on retrouve en version très latine et enjouée dans "Por Donde Saldra el Sol ? " alors que le morceau est joué d’une manière plus conforme à l’original un peu plus loin.
Ce live est donc le meilleur moyen, à part d’y aller soi-même, de se rendre compte du superbe potentiel en concert du répertoire de Manu Chao. Un très bon live à mettre entre toutes les mains des connaisseurs de l’artiste ainsi que des néophytes, pour qui, il pourrait faire office de premier pas dans le monde colorée de ce dernier.
Ces chroniques sont également disponibles sur Destination Rock.
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